Portrait

Émilie Carré, chiropraticienne Network Spinal, experte du système nerveux

Chiropraticienne formée au Network Spinal, Émilie Carré explore le corps comme un espace d’écoute, de régulation et d’évolution. Entre système nerveux, respiration, mémoire du stress et quête de sécurité intérieure, elle défend une approche sensible du soin : moins corriger que soutenir, moins forcer que remettre en circulation.

Émilie Carré, chiropraticienne Network Spinal, experte du système nerveux

Quel est votre parcours ?

Mon parcours commence assez tôt, à l’adolescence. Je viens d’une famille où l’on s’est toujours soigné de façon naturelle, avec une grande attention portée à l’alimentation, au rythme de vie et aux approches douces. Je suis franco-italienne, et l’un de mes grands ancrages, c’est le nord de l’Italie, les Dolomites, la montagne. C’est quelque chose de très fondateur pour moi. Très jeune, j’ai commencé par le yoga. J’y ai tout de suite aimé la qualité de présence que cette pratique amenait. À cette époque, quand il a fallu choisir ce que je voulais faire de ma vie, j’étais très ouverte : j’hésitais entre quelque chose de créatif et quelque chose tourné vers le soin ou l’humain. La découverte de la chiropractie s’est faite presque par hasard, à Florence, chez ma tante. Elle consultait une chiropractrice, et je me souviens très bien être entrée dans ce cabinet sans savoir ce qu’était la chiropractie. J’ai vu des gens respirer, bouger, s’étirer, reprendre leur espace. C’était beau. J’ai eu un vrai coup de foudre. J’ai compris qu’il existait un métier qui réunissait tout ce que je cherchais : le lien humain, le travail avec les mains, l’intelligence du corps, une forme de créativité, mais aussi de réflexion, de précision, de lecture fine. 

 


Qu’est-ce qui vous a donné envie de transmettre cette approche ?

Le fait de l’avoir vécue moi-même. J’étais une enfant avec beaucoup de ressources mais aussi beaucoup d’anxiété, de tensions, de stress. Quand j’ai commencé à être suivie en chiropractie, cela a profondément changé mon corps et même toute ma façon d’être. À partir de là, je me suis dit que c'est ce que je souhaitais transmettre. Pas seulement une technique mais une expérience. La sensation qu’un corps peut retrouver plus d’espace, plus de souffle, plus de possibilités, plus d'énergie.

Comment définiriez-vous la chiropractie dans votre approche ?

Pour moi, la philosophie de fond en chiropractie, c’est de prendre soin du système nerveux. C’est lui qui orchestre tout : les muscles, la posture, la digestion, l’adaptation, le tonus, les fonctions conscientes et inconscientes. L’idée n’est pas simplement de débloquer quelque chose de façon mécanique. C’est plutôt de se mettre au service du système pour qu’il apprenne quelque chose de nouveau, qu’il se réorganise, qu’il retrouve de la plasticité. C’est ce que j’aime profondément dans cette approche : il y a une notion d’apprentissage, de répétition, d’ancrage. On n’est pas seulement dans “on enlève ce qui bloque”, mais dans “on accompagne le corps vers une nouvelle organisation plus juste”.

Vous vous êtes spécialisée dans le Network Spinal. Pouvez-vous nous en parler ?

C’est l’approche par laquelle je suis entrée dans la chiropractie et c’est celle qui m’a immédiatement parlé. Le Network Spinal est à la fois une méthode d’analyse et une manière d’entrer en relation avec le système nerveux. On observe la personne dans son ensemble : son discours, sa posture, sa respiration, ses amplitudes de mouvement, la qualité de sa colonne vertébrale, la texture des tissus. Pourquoi la colonne ? Parce qu’elle entoure et protège la moelle épinière, qui est un axe fondamental du système nerveux central. Dans cette approche, on considère que la posture, la tonicité, la manière dont le corps s’organise, racontent quelque chose de l’état du système. Un corps en défense ne s’organise pas comme un corps en sécurité. La colonne, les muscles, les fascias, la respiration donnent beaucoup d’indices sur la manière dont une personne s’adapte à ce qu’elle vit. Ce que j’aime beaucoup, c’est que l’on ne cherche pas d’abord ce qui ne va pas. On cherche où sont les ressources, comment elles s’expriment déjà, et comment on peut les encourager.

 

 

Pourquoi le système nerveux est central selon vous ?

Parce que notre système nerveux gère en permanence notre adaptation à la vie. Il y a toute la part volontaire bien sûr, mais aussi toute la part automatique : la respiration, le rythme cardiaque, la digestion, la posture, les réponses au stress. Le système nerveux autonome fonctionne en deux grands modes : le sympathique, qui est le mode de l’action, de la mobilisation, de la réaction au stress, et le parasympathique, qui est le mode de la récupération, du repos, de la digestion, de l’immunité. Le corps passe constamment de l’un à l’autre. Le problème, c’est quand le système reste bloqué trop longtemps dans le mode survie. Là, il mobilise l’énergie pour fuir, tenir, réagir, mais tout ce qui concerne la réparation, la digestion, le sommeil profond, la récupération, passe au second plan.

Que se passe-t-il dans le corps quand on reste trop longtemps en état de stress ?

Quand cet état dure, le corps finit par s’organiser autour du stress. Au début, cela peut donner l’illusion qu’on tient très bien. On dort peu, on ne sent plus trop la faim, on avance, on fait beaucoup de choses, on se croit solide. En réalité, on est souvent déjà déconnecté de ses besoins fondamentaux. Puis le corps commence à parler autrement : digestion perturbée, sommeil moins réparateur, tensions chroniques, difficulté à se détendre, sensation d’être toujours en alerte. La récupération devient plus difficile, le système immunitaire peut s’affaiblir, et certaines fonctions comme la circulation lymphatique peuvent aussi être ralenties. Le corps est très bien fait pour survivre à un stress ponctuel. Ce qui l’épuise, c’est le stress prolongé, quand il n’y a plus de retour réel vers la récupération.

Quels sont les premiers signes à repérer avant l’épuisement ?

Souvent, ce ne sont pas des signes spectaculaires. Ce sont des pertes de contact très simples : ne plus sentir la faim, la soif, le besoin de repos, le sommeil. Commencer à vivre “hors du corps”, en quelque sorte. Il peut aussi y avoir une digestion qui se dérègle, une agitation intérieure permanente, une posture qui se ferme, une difficulté à respirer pleinement. Beaucoup de personnes arrivent dans cette phase où elles pensent encore que tout va bien, alors qu’en réalité le système compense depuis longtemps. Le premier signal, c’est souvent cette déconnexion d’avec ses rythmes vitaux.

Comment réintroduire de la régulation quand le corps est déjà trop mobilisé ?

La base, c’est de revenir au corps, au moment présent et d’abord au souffle. La respiration est un point d’entrée fondamental. En yoga, en sophrologie, en Network Spinal, on retrouve toujours cela. Respirer, c’est déjà redonner au système une information de sécurité. Quand un corps est en mode alerte permanente, il n’est pas réellement en sécurité. Revenir au souffle, revenir à certaines zones du corps, y amener de la présence, c’est déjà commencer à modifier cette organisation interne. Parfois, quand je demande à une personne de respirer “dans” une partie du corps, il ne s’agit pas seulement de respiration au sens mécanique. Il s’agit aussi d’y amener l’attention, la conscience, la présence. Sentir qu’un endroit existe, qu’il peut se remettre à vivre, à bouger, à respirer intérieurement.

 

Pourquoi la notion de sécurité est-elle si importante ?

Parce qu’on ne change pas durablement un système nerveux sans sécurité. On peut vivre une belle expérience ponctuelle, un relâchement, une prise de conscience, mais cela ne suffit pas toujours à créer un nouvel ancrage. Si une personne a vécu longtemps dans l’hypervigilance, la tension ou l’insécurité émotionnelle, son corps a appris cela comme mode principal de fonctionnement. Pour qu’il puisse évoluer, il faut lui proposer autre chose de manière régulière, cohérente, répétée. J’aime bien comparer cela à une relation de confiance. Une belle expérience isolée, c’est précieux. Mais la sécurité se construit dans la régularité, dans la fiabilité, dans le fait qu’un système peut vérifier plusieurs fois qu’il peut se détendre.

Le corps garde-t-il vraiment la mémoire du stress ?

Oui, profondément. Le corps garde des empreintes, des habitudes d’adaptation. Parfois, on sait très bien à quoi elles sont liées. Parfois non. Cela peut venir d’événements identifiés, mais aussi d’ambiances, de contextes relationnels, d’insécurité plus diffuse. Un enfant, par exemple, n’a pas besoin de vivre un traumatisme spectaculaire pour que quelque chose s’inscrive dans son système. Une tension chronique, une insécurité affective, un environnement imprévisible peuvent suffire à installer des schémas de défense. Et ensuite, à l’âge adulte, ces schémas peuvent continuer à piloter le corps même si la situation a changé. Le système a appris à fonctionner ainsi. Le soin consiste alors à lui proposer une autre expérience.

Est-ce qu’il faut forcément faire une psychothérapie pour aller mieux ? 

Non. Certaines personnes ont d’abord besoin de passer par le corps. Elles retrouvent du contact avec elles-mêmes, de la sécurité, de la régulation, avant même qu’une prise de conscience mentale arrive. Pour d’autres, au contraire, les mots sont essentiels, et un travail psychologique est très soutenant. Je trouve d’ailleurs très beau de travailler en complémentarité avec des psys. Parfois, on a besoin de mettre du sens, de réorganiser son histoire, de nommer certaines choses. Et parfois, psychiquement tout est compris, mais le corps continue à porter une mémoire. Les deux approches sont très complémentaires.

Que pensez-vous de cette injonction permanente au “lâcher-prise” ?

Je trouve que c’est un mot très mal compris. Bien sûr, sur le papier, lâcher prise peut sembler désirable. Mais pour quelqu’un qui est en état de stress, à qui son contrôle permet justement de tenir, dire “il faut lâcher” peut être très violent. Je préfère parler d’écoute, de présence, de conscience. Observer les mécanismes que le corps a mis en place, comprendre qu’ils ont servi, remercier même le système d’avoir protégé, puis proposer peu à peu autre chose. Ce n’est pas “je lâche tout”. C’est plutôt “je peux commencer à choisir différemment, parce que je me sens suffisamment en sécurité pour le faire”.

 

Vous parlez d’évolution plus que de guérison. Pourquoi ?

Parce que beaucoup de personnes veulent “revenir comme avant”. Mais souvent, l’état d’avant était déjà un état qui préparait la crise. Donc revenir en arrière n’est pas forcément souhaitable. Je crois davantage à l’idée d’évolution. Une douleur, un symptôme, un moment de crise peuvent devenir une opportunité d’apprendre quelque chose de différent, d’installer un nouvel équilibre, de ne plus demander au corps de répéter les mêmes schémas pour se faire entendre. Prendre soin de soi, ce n’est pas emmener son corps chez le garagiste parce qu’il serait défectueux. C’est entrer dans un processus d’évolution. C’est une manière de vivre, de mieux se connaître, de trouver quelque chose de plus juste.

Qu’est-ce qu’on retrouve, au fond, quand le corps se réorganise ?

Souvent, on retrouve plus d’espace, plus de spontanéité, plus de joie. C’est quelque chose qui me touche beaucoup. On parle souvent de soin comme d’un travail lourd, difficile, laborieux. Bien sûr, il y a parfois des passages exigeants. Mais il y a aussi quelque chose de très vivant qui se remet à circuler.  Quand certaines couches de stress, d’adaptation ou de défense se déposent, les personnes retrouvent de l’émerveillement, de la sensation, de la disponibilité, de la connexion à elles-mêmes et aux autres. Et pour moi, ce n’est pas anecdotique. C’est même fondamental. Revenir à soi, ce n’est pas seulement enlever des symptômes. C’est trouver plus de vie.

Qu’avez-vous aimé dans l’approche d’ILSE ?

Ce que j’aime chez ILSE, c’est cette volonté de remettre en circulation ce qui s’est figé. Il y a quelque chose de très cohérent dans cette approche du corps : soutenir plutôt que forcer, encourager les processus naturels plutôt que les contrarier. On sent qu’il y a derrière un vrai respect du vivant, du rythme, de la récupération, du mouvement, de la circulation. Et je trouve que cela rejoint profondément ma manière de voir le soin. Le corps sait déjà énormément de choses. Notre rôle, c’est de créer les conditions pour qu’il puisse mieux fonctionner, mieux récupérer, mieux s’adapter.

 

Emilie Carré

14 bis Pass. Saint-Pierre Amelot,

75011 Paris

Nos produits

Tout voir