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Fascias : rôle, fonctionnement et conseils pour les entretenir au quotidien

Longtemps considérés comme de simples enveloppes entourant les muscles et les organes, les fascias suscitent aujourd'hui un intérêt croissant dans le monde de la recherche, du mouvement et des thérapies manuelles. Ce vaste réseau de tissu conjonctif traverse l'ensemble du corps et participe à la mobilité, à la transmission des forces, à la perception corporelle et à la circulation des fluides. Pourquoi parle-t-on de plus en plus des fascias ? Quel est leur rôle dans notre santé, notre posture, notre souplesse ou encore notre sensation de légèreté ? Comment entretenir ce tissu vivant au quotidien grâce au mouvement, à la respiration ou au toucher ? Dans cette interview accordée à Version Femina, Aurélie Durand, fondatrice d'ILSE et praticienne en massage lympho-fascia, partage sa vision des fascias et explique pourquoi ils pourraient transformer notre manière de comprendre le corps, la circulation et le bien-être.

Fascias : rôle, fonctionnement et conseils pour les entretenir au quotidien

 

 

Découvrir l'article de Alexandra Bresson : Comment prendre soin de ses fascias ?

Pouvez-vous décrire de manière simple les fascias et expliquer leurs fonctions physiologiques au sein de notre corps ?


Aurélie Durand : 
Pendant longtemps, nous avons considéré le corps comme une somme de parties séparées : des muscles, des os, des articulations, des organes. Les fascias nous invitent à changer complètement de regard. Ils forment un immense réseau de tissu conjonctif qui enveloppe, relie et traverse l'ensemble du corps. Certains chercheurs les comparent à une toile d'araignée tridimensionnelle ou à un réseau vivant qui relie toutes les structures entre elles. Cela signifie qu’une tension, une cicatrice ou une restriction de mobilité à un endroit du corps peut parfois avoir des répercussions ailleurs. On passe d’une vision mécanique du corps à une vision beaucoup plus systémique et vivante.

Pourquoi ces derniers sont-ils essentiels à notre bien-être de manière globale ?

Aurélie Durand : Les fascias participent beaucoup au mouvement, à la circulation et aux échanges entre les tissus. On peut être très sportif et pourtant manquer de mobilité, de fluidité ou d'adaptabilité dans ses tissus. De la même manière, certaines personnes peuvent recevoir des drainages réguliers et continuer à ressentir une sensation de gonflement ou de stagnation. La circulation dépend d'un ensemble de facteurs : le mouvement, la respiration, la qualité des tissus, le système nerveux et le mode de vie. Les fascias sont en permanence influencés par nos mouvements, notre posture, notre respiration, nos émotions, notre environnement et nos habitudes de vie. Ils racontent en quelque sorte la manière dont notre corps s'adapte au monde qui l'entoure.

Tout comme nos muscles, nos articulations et nos tendons, peut-on les blesser ?

Aurélie Durand : Je préfère parler de tissus qui ont perdu une partie de leur capacité d'adaptation. Le corps est vivant. Il est conçu pour bouger, respirer, se déformer, récupérer et s'adapter en permanence. Lorsque les tissus sont soumis à la sédentarité, au stress chronique, à des blessures, à des cicatrices ou simplement à un manque de variété dans les mouvements, ils peuvent devenir moins mobiles. Les personnes décrivent alors souvent une sensation de rigidité, de lourdeur, de tensions diffuses ou parfois la sensation de ne plus être tout à fait à l'aise dans leur propre corps.

Pendant longtemps, le fascia a été considéré comme un simple tissu qui englobe le corps. Peut-on dire désormais qu’il s’agit d’un organe à part entière ?

Aurélie Durand : Le débat scientifique reste ouvert. En revanche, ce qui est certain, c'est que nous ne sommes plus du tout dans la vision du fascia comme simple emballage des muscles. Aujourd'hui, de nombreux chercheurs parlent d'un véritable système fascial tant son rôle semble important dans la mécanique du corps, la perception sensorielle, la transmission des forces et les échanges biologiques.

Est-ce le cas notamment chez les femmes, par rapport aux hommes ? Existe-t-il des différences anatomiques selon le sexe ?

Aurélie Durand : Les femmes vivent au cours de leur vie de grandes variations hormonales (cycle menstruel, grossesse, ménopause) qui influencent directement les tissus conjonctifs. Beaucoup de femmes constatent intuitivement que leur corps ne réagit pas de la même manière selon les périodes de leur vie ou de leur cycle. Elles se sentent plus souples, plus gonflées ou plus tendues selon leur cycle. Les fascias participent probablement à cette expérience corporelle. Les femmes sont également plus concernées par certaines problématiques de circulation des fluides, de rétention d'eau ou de cellulite. Ce sont des sujets dans lesquels le fascia, le système lymphatique et le tissu conjonctif interagissent en permanence.

Le mouvement est-il l'un des meilleurs moyens d'entretenir ses fascias ?

Aurélie Durand : Oui, mais pas nécessairement de la manière dont nous l'entendons aujourd'hui. Nos modes de vie modernes vont à l’encontre de la physiologie. Nous faisons des séances de sport intenses, avec souvent des mouvements répétitifs (courir, nager, renforcement musculaire…), puis nous passons plusieurs heures assis devant un écran. Or, le corps n'a pas été conçu pour fonctionner ainsi. Il est fait pour bouger régulièrement, dans toutes les directions, tout au long de la journée. Finalement, les fascias nous rappellent une chose essentielle : la santé ne dépend pas uniquement de la force ou de la performance, mais surtout du mouvement, de la circulation et de la récupération.

8 recommandations d’Aurélie Durand pour entretenir ses fascias au quotidien

  1. Les fascias forment un réseau tridimensionnel qui a besoin d'être sollicité de façon variée. Les torsions de la colonne, les mouvements spiralés, les rotations des épaules et des hanches, les déplacements latéraux, les mouvements croisés bras-jambes ou encore le travail au sol sont particulièrement intéressants. Des approches comme Munz Floor, développée par Alex Munz, ou certaines pratiques comme le tai-chi remettent justement en lumière cette richesse de mouvement que nous avons largement perdue dans nos modes de vie modernes.

  2. L'un des meilleurs moyens d'entretenir ses fascias consiste peut-être à sortir de ses automatismes. Changer de côté pour porter son sac, s'asseoir différemment, prendre un autre chemin, apprendre une nouvelle activité, danser ou simplement explorer de nouveaux mouvements oblige le système fascial à conserver sa capacité d'adaptation. Comme le rappelle souvent Thomas Myers, spécialiste des chaînes myofasciales : « Le meilleur mouvement est celui que vous ne faites jamais. » Derrière cette formule se cache une idée simple : les fascias semblent apprécier davantage la diversité des mouvements que la répétition constante des mêmes gestes.

  3. Il est également intéressant de varier les rythmes. Les mouvements lents et contrôlés sont utiles, mais les mouvements plus élastiques le sont tout autant : marche dynamique, danse, petits rebonds, sautillements ou corde à sauter lorsque cela est adapté. Le système fascial est conçu pour stocker et restituer de l'énergie, un peu comme un ressort vivant.

  4. Les pieds méritent eux aussi une attention particulière. Ils constituent l'une des principales portes d'entrée du mouvement. Marcher pieds nus sur différents terrains, mobiliser ses orteils, travailler son équilibre sur une jambe ou utiliser une petite balle sous la voûte plantaire sont des moyens simples de stimuler l'ensemble des chaînes fasciales.


  5. La respiration est probablement l'un des outils les plus puissants et les plus négligés. Le diaphragme constitue un véritable carrefour fascial. À chaque inspiration, il mobilise les tissus du thorax, de l'abdomen, du bassin et du dos. Une respiration ample, où les côtes s'ouvrent à 360 degrés plutôt qu'une simple respiration abdominale, agit comme un mouvement interne permanent. Un moyen simple de l'observer consiste à placer ses mains sur les côtes basses et à vérifier qu'elles s'écartent dans toutes les directions à l'inspiration.

  6. Boire suffisamment est important. Mais les tissus ont surtout besoin de mouvement. Ils fonctionnent un peu comme une éponge : ce sont les alternances de compression et de décompression générées par la marche, la respiration, les étirements ou les changements de position qui favorisent les échanges en leur sein.

  7. Le toucher est un autre levier précieux. Les fascias superficiels sont intimement liés à la peau et particulièrement riches en récepteurs sensoriels. Auto-massages, brossage à sec, palper-rouler doux, foam roller, balle de massage ou même simple toucher conscient peuvent contribuer à stimuler les tissus et à améliorer la perception corporelle. L'objectif n'est pas de « casser des adhérences », mais de préserver la mobilité, le glissement et la capacité d'adaptation des tissus. Il existe également des praticiens (fasciathérapeutes, ostéopathes, kinésithérapeutes ou masseurs spécialisés dans les techniques myofasciales) capables d’améliorer la mobilité des tissus.

  8. Enfin, les fascias évoluent dans un environnement vivant composé d'eau, de vaisseaux sanguins, de vaisseaux lymphatiques et de tissu conjonctif. Tout ce qui soutient cet environnement peut contribuer à leur bon fonctionnement : un sommeil réparateur, une alimentation riche en végétaux, une bonne gestion du stress, une circulation fluide des liquides corporels et certaines plantes traditionnellement utilisées pour soutenir les fonctions de circulation et d'élimination.

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