Pissenlit : que dit la disparition de l’amertume sur nos problèmes de digestion et de circulation ?
Longtemps présentes dans l’alimentation traditionnelle, les plantes amères comme le pissenlit soutenaient naturellement digestion, foie, élimination et circulation des fluides. Mais cette plante raconte peut-être quelque chose de plus vaste que ses seuls bienfaits physiologiques. Car le pissenlit appartient à une famille de saveurs que notre alimentation moderne a presque fait disparaître : l’amertume. Et si cette disparition progressive disait quelque chose de notre rapport contemporain au corps ?
L’amertume : une saveur que l’industrie alimentaire a progressivement éliminée
Pendant des millénaires, l’être humain a consommé des végétaux naturellement amers. Les plantes sauvages, les racines, les feuilles printanières, les toniques digestifs ou les simples salades paysannes possédaient des saveurs beaucoup plus complexes que l’alimentation moderne. Puis l’agriculture intensive et l’industrie agroalimentaire ont progressivement sélectionné les végétaux pour les rendre plus doux, plus sucrés, plus plaisants. On observe le même phénomène pour les végétaux. Les endives par exemple, sont moins amères qu’autrefois ; les salades sauvages ont disparu des tables ; le chocolat noir lui-même est devenu plus doux. Comme si notre époque supportait de moins en moins la friction physiologique. Pourquoi ? Probablement parce que l’amertume demande une forme d’apprentissage. Elle stimule avant de récompenser. Et à l’inverse, le sucre et le gras activent immédiatement les circuits de récompense. L’alimentation moderne est ainsi devenue une alimentation de confort immédiat : plus calorique, plus douce, plus rapide, mais aussi beaucoup moins stimulante physiologiquement.
Or, certaines recherches suggèrent aujourd’hui que les composés amers pourraient jouer un rôle important dans la digestion, certaines sécrétions digestives, la régulation métabolique, le microbiote et les fonctions d’élimination.
Pourquoi les plantes amères stimulent la digestion et les fonctions du foie
Le goût amer active la salivation, certaines enzymes digestives et la production de bile. Autrement dit : l’amertume prépare le corps à transformer. Il active également notamment des récepteurs spécifiques appelés TAS2R présents sur la langue mais aussi dans l’estomac, l’intestin, les voies respiratoires et certains tissus métaboliques. Ces récepteurs participent à différentes réponses physiologiques liées à la digestion et aux mécanismes d’adaptation de l’organisme.
Le paradoxe du corps moderne : trop de stimulation, moins de circulation
Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est le décalage entre notre environnement moderne et les capacités physiologiques du corps. Aujourd’hui nous vivons dans des environnements plus exigeants, plus pollués, sédentaires, stressants, inflammatoires et saturés sensoriellement. Le corps doit gérer davantage de molécules, de stimulation et davantage de déchets métaboliques. Et pourtant, nous avons progressivement supprimé beaucoup de ce qui soutenait historiquement ses capacités d’adaptation : les plantes sauvages, l’amertume, le mouvement quotidien, les variations saisonnières, certaines formes de sobriété alimentaire et la diversité végétale. Le problème moderne n’est en fin de compte pas seulement que le corps reçoit trop mais qu’il devient aussi moins capable de transformer, faire circuler et éliminer ce qu’il reçoit.
Marie-Claire. Dir. Jean Prouvost. Lyon - 14 janvier 1938
Les bienfaits du pissenlit pour le foie, la digestion et les reins
Le comportement du pissenlit dans la nature est particulièrement fascinant. Plante de la famille des Astéracées, il pousse souvent dans des sols tassés, pauvres ou perturbés. Sa longue racine traverse les couches du sol, améliore la circulation de l’eau et participe à aérer la terre. Comme beaucoup de plantes pionnières, il apparaît là où le vivant cherche à remettre du mouvement. Cette observation du comportement des plantes dans leur environnement a longtemps inspiré les traditions herboristes. Car très souvent, les plantes semblent agir dans le corps d’une manière proche de leur comportement dans l’écosystème. Tout comme il agit sur la circulation des sols, il va agir sur les grandes fonctions de transformation et d’élimination du corps : digestion, foie, bile, reins et circulation des fluides.
Le simple fait de goûter une substance amère stimule des récepteurs TAS2R et déclenche déjà toute une cascade physiologique : augmentation de la salivation, stimulation des sécrétions digestives, mobilisation de la bile et activation de certaines enzymes impliquées dans la digestion. Autrement dit, l’amertume prépare le corps à transformer.
Rarement utilisé seul, le pissenlit est souvent associé à d’autres plantes et s’inscrit plutôt dans des approches plus globales associant plusieurs plantes soutenant les fonctions d’élimination et la circulation des fluides comme l’ortie, le chiendent, le frêne ou le gaillet gratteron.
C’est cette logique de mouvement et de fluidité qui a inspiré la formulation de la Cure Mouvement de ILSE : une association de plantes traditionnellement utilisées pour soutenir la lymphe et accompagner la digestion, les fonctions d’élimination et la circulation du corps.
Pissenlit et recherche scientifique : ce que disent les études
Depuis plusieurs années, le pissenlit intéresse également la recherche scientifique contemporaine. Des études précliniques ont observé que certains extraits concentrés de racine de pissenlit pouvaient induire la mort de certaines cellules cancéreuses in vitro, notamment dans des recherches sur le cancer colorectal. Une étude publiée dans la revue Oncotarget en 2016 par une équipe de l’Université de Windsor au Canada a notamment observé qu’un extrait aqueux de racine de pissenlit pouvait activer différentes voies de mort cellulaire programmée sur des cellules cancéreuses colorectales en laboratoire. Ces résultats restent expérimentaux et ne signifient pas que le pissenlit constitue un traitement contre le cancer chez l’humain.
Mais ils illustrent quelque chose d’intéressant : derrière cette plante extrêmement commune se cache une grande richesse moléculaire que la recherche continue encore d’explorer. Le pissenlit contient en réalité des centaines de composés bioactifs (polyphénols, terpènes, lactones sesquiterpéniques, flavonoïdes, antioxydants, prébiotiques). Autrement dit : cette “mauvaise herbe” est biochimiquement beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air.
Les plantes amères peuvent-elles aider le corps à mieux s’adapter ?
Aujourd’hui, beaucoup cherchent à “mieux manger”, ajouter des compléments ou optimiser leur santé. Mais un organisme stressé, inflammé, sédentaire ou constamment en état d’activation perd progressivement certaines capacités fondamentales : digérer, transformer, éliminer, récupérer. Le sujet n’est peut-être pas uniquement nutritionnel mais également physiologique. Peut-être que les plantes amères ne servaient pas seulement à compenser les excès mais faisait partie des signaux physiologiques normaux auxquels le corps humain a toujours été exposé. Le vivant fonctionne par stimulation, circulation et adaptation.
Et parfois, les plantes les plus simples, celles qui poussent à nos pieds depuis toujours, sont aussi celles qui nous reconnectent à ces mécanismes fondamentaux.